Nathalie
Perrin

Projets

Exposition « Dear Peggy » du Bachelor et du Master Arts Visuels de l’ECAL chez Treize (Paris)

ARTS VISUELS

Exposition « Dear Peggy » du Bachelor et du Master Arts Visuels de l’ECAL chez Treize (Paris)

Autre avec Gallien Déjean, Stéphane Kropf, Stéphanie Moisdon

L’utilisation de logiciels de modélisation 3D s’est accrue dans le domaine de la conception des expositions. Ces outils offrent aux designers et aux commissaires une plus grande maniabilité pour reconstituer l’espace virtuel de la galerie et y expérimenter les différentes options scénographiques envisagées. Pourtant, malgré l’éventail des possibilités de ces logiciel (la déconstruction de l’espace tridimensionnel en superposition de plans et de facettes), leur usage dans le champ curatorial reste souvent désespérément conventionnel : le tableau est accroché au mur, le mur est perpendiculaire au sol, la sculpture est posée sur le sol devant le mur. En présentant chez Treize (Paris) les travaux de 14 artistes sélectionnés parmi les étudiants du Bachelor et du Master Arts Visuels de l’ECAL, le projet « Dear Peggy » explore certaines ressources de la modélisation virtuelle pour les appliquer, avec des matériaux et des techniques simples, dans l’espace réel. Bien avant l’invention des logiciels 3D, l’architecte Frederick John Kiesler avait imaginé pour la section surréaliste d’Art of This Century (la galerie new-yorkaise de Peggy Guggenheim, ouverte en 1942) des murs convexes à partir desquels les œuvres, accrochées sur des tiges, étaient projetées dans l’espace. En s’inspirant de ce système, «Dear Peggy» s’affranchit de la linéarité et de la planéité murale du white cube pour métamorphoser l’espace d’exposition, démultiplier les plans de l’accrochage et donner une nouvelle matérialité aux œuvres présentées. Exposition sans thème, «Dear Peggy» incarne la diversité des pratiques développées au sein de l’ECAL. Cette mise entre parenthèse d’œuvres disparates entre deux murs incurvés fonctionne comme un emballage, une métaphore simultanée de l’exposition collective temporaire et de l’école d’art. «Dear Peggy» est un tube ouvert de part et d’autre, un passage transitoire, comme peut l’être une école dans la carrière d’un artiste.

Exposition « Dear Peggy » du Bachelor et du Master Arts Visuels de l’ECAL chez Treize (Paris)

ARTS VISUELS

Exposition « Dear Peggy » du Bachelor et du Master Arts Visuels de l’ECAL chez Treize (Paris)

Autre avec Gallien Déjean, Stéphane Kropf, Stéphanie Moisdon

L’utilisation de logiciels de modélisation 3D s’est accrue dans le domaine de la conception des expositions. Ces outils offrent aux designers et aux commissaires une plus grande maniabilité pour reconstituer l’espace virtuel de la galerie et y expérimenter les différentes options scénographiques envisagées. Pourtant, malgré l’éventail des possibilités de ces logiciel (la déconstruction de l’espace tridimensionnel en superposition de plans et de facettes), leur usage dans le champ curatorial reste souvent désespérément conventionnel : le tableau est accroché au mur, le mur est perpendiculaire au sol, la sculpture est posée sur le sol devant le mur. En présentant chez Treize (Paris) les travaux de 14 artistes sélectionnés parmi les étudiants du Bachelor et du Master Arts Visuels de l’ECAL, le projet « Dear Peggy » explore certaines ressources de la modélisation virtuelle pour les appliquer, avec des matériaux et des techniques simples, dans l’espace réel. Bien avant l’invention des logiciels 3D, l’architecte Frederick John Kiesler avait imaginé pour la section surréaliste d’Art of This Century (la galerie new-yorkaise de Peggy Guggenheim, ouverte en 1942) des murs convexes à partir desquels les œuvres, accrochées sur des tiges, étaient projetées dans l’espace. En s’inspirant de ce système, «Dear Peggy» s’affranchit de la linéarité et de la planéité murale du white cube pour métamorphoser l’espace d’exposition, démultiplier les plans de l’accrochage et donner une nouvelle matérialité aux œuvres présentées. Exposition sans thème, «Dear Peggy» incarne la diversité des pratiques développées au sein de l’ECAL. Cette mise entre parenthèse d’œuvres disparates entre deux murs incurvés fonctionne comme un emballage, une métaphore simultanée de l’exposition collective temporaire et de l’école d’art. «Dear Peggy» est un tube ouvert de part et d’autre, un passage transitoire, comme peut l’être une école dans la carrière d’un artiste.

Exposition des travaux de diplôme à l'ELAC

ARTS VISUELS

Exposition des travaux de diplôme à l'ELAC

Projet de diplôme par Jenny Baumat, Dimitri Depreux, Guillaume Ehinger, Camille Lichtenstern, Miguel Meneses, Nathalie Perrin, Jacques-Henri Sennwald

Nathalie Perrin – Mémoire

Nathalie Perrin – Mémoire

Projet de recherche avec Stéphanie Moisdon

Bourdon, roi des étoiles Arts visuels Extrait Beyrouth, décembre. Le vol du bourdon, Rimski-korsakov. Le roi des étoiles, Stravinsky. Le canons de Damas, Bachar. Joseph Conrad meurt en laissant inachevée « L’attente ». Et Milan Kundera, c’est quand même un type qui naît un premier avril. Commençons comme ça. Ecrire un mémoire. Longer la frontière syrienne. Passer un col pour rejoindre Tripoli. Voir Krak des Chevaliers. Partir au sud. Le plus loin possible au sud. Rentrer en longeant la mer. Respirer l’air de Beyrouth. Trouver l’adresse de la rue de Salim Salam. Ne jamais parler des territoires israéliens. Ecrire un mémoire. Un qui ne m’emmerde pas. Rentrer. Je cherche une moto, pour partir à l’ouest. Je marche en direction de l’avenue Charles Hélou. Il commence à pleuvoir. Une pluie glacée et horizontale. Je cours vers la mer. En courant j’abandonne l’idée de la moto. J’abandonne la course aussi. Et d’ailleurs ; grande idée, d’écrire un mémoire sur une moto. A la gare routière, il y a un bus pour Damas. C’est à moins de cinquante kilomètres. Je n’ai pas lu les journaux, je ne sais pas encore qu’il vient d’y avoir des attentats à la voiture piégée là bas. Je ne sais pas encore que l’armée tire à coup de canon sur les civils. Je pars en direction de la Syrie. A la frontière, j’apprends que tous les ressortissants étrangers doivent quitter le territoire le plus rapidement possible. Et qu’au delà du poste frontière, toutes les communications vers l’extérieur sont impossibles. Les réseaux ont étés coupés. On peut y aller. Mais on devient muet. On disparaît dans le silence. Je pars le long de la frontière. Sans la franchir. Jamais. On entend parfois les canons de Damas, selon si le vent vient de l’ouest ou du nord. Les villes frontières ont ceci de franchement intéressant, à part d’être les cibles de tous les bombardements, missiles trop courts ou trop longs, qu’ils viennent des deux côtés, c’est en général là qu’ils atterrissent, c’est qu’elles hébergent en même temps que les partisans de Bachar et demeurent les fiefs du Hezbollah, les déserteurs de l’armée régulière syrienne. La clandestinité, autant menue soit elle, des deux camps, les partisans et les déserteurs, emballe tout le monde dans une sorte de tranquillité piégée, et de regards aux yeux bleus. Une tranquillité piégée. C’est là, contre toute attente, que je commence à écrire. En me demandant bien pourquoi c’est toujours plus agréable, de voir l’enfer des autres. Et le bourdon de Korsakov volait toujours. Et puis il y eut la question de l’ailleurs. De tous ceux qui partent. Bas Jan Ader. « In the search of the miraculous ». Allistair Crowley. « The morning of the magicians ». Vera Linhartova. Milan Kundera. Curzio Malaparte. Et si ceux qui atteignent l’ailleurs dont parle Linhartova, la folie dont parle Hesse, la solitude dont parlent Bacon et Beckett ; si ceux là se trouvaient être les « tout seuls », les derniers spectateurs d’une époque qu’il doivent fermer, et dont ils sont « garants de raccord » avec la suivante. Ils sont comme des joueurs d’échecs, qui voient la partie avec dix coups d’avance. Et le public du jeu, ne peut pas, dans sa bienheureuse naïveté, voir dans la disparition d’un simple pion, d’une tour ou d’un cheval ; la lointaine chute d’une reine, la traque du roi, et le déclin de l’empire. La fin d’une époque. Les pions, on est toujours tout seuls à les traquer. Et l’échec et mat, bien seuls sont ceux qui le voient en temps réel. L’échec et mat c’est quand Bacon s’emmerde à la Royal Academy avec le pop art, c’est quand il ne voit chez Picasso que le dernier ami, la dernière référence digne d’en être une. C’est quand Roman Signer ne se sent plus proche que de Bruce Neumann ou de Peter Liechti. C’est quand Stravinsky se fait massacrer aux Champs-Élysées pour le sacre du printemps. C’est quand Malaparte, après avoir dénoncé les montées successives du fascisme et du nazisme, est assigné à résidence aux îles Lipari. L’échec et mat c’est quand il voit Himmler dans un sauna finlandais, alors qu’on l’avait justement envoyé sur le front russe pour qu’il arrête de faire chier Mussolini. L’échec et mat c’est quand les prisonniers de Citadelle n’ont plus d’ennemis contre lesquels sauver leur liberté, que le langage disparaît, que le nœud invisible qui faisait de leurs terres, de leurs tentes et de leurs moutons un empire, donc une raison de mourir pour lui, s’efface, se défait, et dont la disparition fait d’eux des hommes à demi morts, qui n’ont plus rien à dire, et dont seule une bataille commune leur permettrait d’enfin mourir en hommes. L’échec et mat ce sont des galeries qui ne sont plus qu’un rassemblement d’aristocrates qui se perdent entre des prix. Comme jadis les salons parisiens, qui rapatriaient sur leurs minuscules territoires, - à l’instar d’un catholicisme du Vatican, qui n’effleure même pas la foi ni l’esprit d’un fidèle de Carthagène ou de Dakar, simplement parce qu’en Colombie ou en Afrique, une eucharistie profane car dite en espagnol ou en bambara plutôt qu’en latin, c’est une eucharistie quand même – de la même manière que les listes d’art d’or ou noires fabriquées à coups de conciles de curateurs parisiens n’atteignent même pas les limites du dixième arrondissement, car au delà de la rive gauche, c’est le monde, et que nombre de « renommées mondiales » ne l’atteignent justement pas ; le monde. Parce que c’est du latin, une langue morte, comme l’art pour la plupart. Schönberg disait «Si c’est de l’art, ce n’est pas pour tout le monde. Si c’est pour tout le monde ce n’est pas de l’art » encore faut il savoir si le côté « du tout le monde » est pire ou meilleur que celui de l’art. Camus parlait déjà, à la réception de son prix Nobel, de l’ère des boy scouts de la peinture. 1957. On a eu juste le temps de passer de renardeaux à blaireaux. Ou sont Bacon et Malaparte, Stravinsky et Beckett ? Sans doute au fin fond de l’Abyssinie, ou dans les vallées pakistanaises, à la tête de quelque groupe rebelle ; préparant secrètement la reconquête de l’art. Comme si Constantinople n’avait jamais changé de nom, que le cheval de Néron était encore à la tête de Rome, et que l’art avait encore autant de sens. Et si l’art s’était bêtement noyé avec Bas Jan Ader ? Et si l’art n’était plus qu’un métier muet. Et plus une nécessité bruyante. Dans dix ans je penserai le contraire, et ce sera là le signe qu’enfin j’aurai, après une course d’une décennie, atteint l’âge de raison.